COLECTIVO BOLIVIANO CANADIENSE


La mascarade autonomiste en Bolivie : les intérêts derrière Marinkovic, Costas et Quiroga

Posted in Pueblos indígenas,Referéndum par colectivoboliviano sur 1 mai, 2008

par Alejandro Saravia

Rien n’est plus révélateur sur la nature véritable du mouvement autonomiste à Santa Cruz que les poursuites en justice contre Branko Marinkovic en vertu de la Loi bolivienne, pour appropriation illégale de terres de l’État. Grâce au trafic d’influences et à la corruption de fonctionnaires et d’autres autorités étatiques, un seul individu ou une famille a obtenu qu’on lui autorise jusqu’à cinq fois la cession de vastes terres, selon l’information révélée par le vice-ministre des terres, Alejandro Almaraz, relativement à l’appropriation de Laguna Corazón par le porte-parole de l’autonomie santa cruzienne.

Dans un autre contexte, ce vol de terres de l’État pourrait passer pour un coup d’astuce, réussi grâce à l’habileté d’un individu malin dans un pays où l’administration des terres et la justice sont très malléables devant le pouvoir de l’argent. Or, dans le contexte général de la convocation le 4 mai prochain à un référendum sur l’autonomie, organisé par Branko Marinkovic lui-même, cette situation offre un regard clair sur le futur qui attend les citoyens qui croient à l’aveuglette au discours « autonomiste ».

Le citoyen de la région orientale de la Bolivie se trompe s’il croit que ses intérêts seront protégés par une oligarchie orientale qui cache ses privilèges de classe en pérorant sur les vertus de la démocratie et la liberté. Devant les ressources de l’État cette oligarchie a toujours agi avec l’instinct implacable du saccage, sans tenir compte des conditions de vie de la population. Une preuve tangible est le monopole des terres. Dans le département de Santa Cruz, 15 familles contrôlent un demi-million d’hectares. Dans le Beni, 10 familles détiennent illégalement un demi-million d’hectares, et dans le département de Pando, neuf familles possèdent près de 800 000 hectares.

 Derrière le discours de confrontation entre les cambas et les collas (habitants de l’est et de l’ouest de la Bolivie), il y a la lutte entre deux secteurs : l’oligarchie orientale et la population sans terre. Depuis quand les grands propriétaires terriens, ceux qui ont profité des ressources du pays sans les partager, ont-ils besoin de la solidarité du peuple? Depuis quand la maigre bourgeoisie bolivienne se fait-elle la défenderesse de la démocratie et de la liberté, elle qui, représentée par un tel Gasser ou Sánchez de Losada, a financé les coups d’état et a bien su profiter pendant de longues années des largesses octroyées par les dictatures militaires?

 N’est-ce pas dans la ville de Santa Cruz, comme le mentionne Manuel Salazar, journaliste de La Nación, où d’importants trafiquants de drogues offrirent en 1980 quatre millions de dollars au putschiste García Meza? Edwin Gasser, propriétaire de la plus grande raffinerie de sucre du pays et dirigeant de la Ligue anti-communiste mondiale, ainsi que Pedro Bleyer, président de la Chambre de commerce de Santa Cruz n’ont-ils pas assisté à cette réunion?

 Branko Marinkovic et la classe sociale qui l’a élu à titre de porte-parole, représentent la continuité de cette mentalité d’exclusion sociale et de pillage des ressources de l’État. Plus que toute opinion, ce sont ses actes publics ainsi que l’écart entre son discours et ses agissements qui donnent une indication de ce que deviendra Santa Cruz entre les mains des grands propriétaires du lieu.

 Le discours populaire s’avère le plus révélateur en matière de mentalités. Gabriela Oviedo, miss Bolivia 2004, est passée aux annales lorsque, avec toute la candeur qui révèle un état des choses qui n’a pas changé jusqu’à aujourd’hui, elle a déclaré que « les gens qui ne connaissent pas bien la Bolivie pensent que nous sommes tous des indiens dans l’ouest du pays…C’est La Paz qui donne cette image du pays, ces gens pauvres, de petite taille et indiens. Je viens de la région opposée du pays, de l’est… Nous sommes grands, blancs et nous parlons l’anglais. »

 Au fil des années, Santa Cruz a été, étrangement, une terre d’accueil pour le nazisme. Dans cette ville sont nés des groupes néofascistes comme « Los novios de la muerte » (les fiancés de la mort), actif durant la dictature de García Meza. Quelques années auparavant, sous la dictature du colonel Hugo Bánzer, né à Santa Cruz, on avait même réussi à cacher et protéger un criminel de guerre nazi, Klaus Barbie, le « boucher de Lyon », et à lui offrir la citoyenneté bolivienne; celui-ci organiserait plus tard les attaques paramilitaires du 17 juillet 1980 contre la Central Obrera Boliviana à La Paz.

 Dans le Santa Cruz autonome du préfet Ruben Costas, être grand, blanc et parler anglais représente le paradigme de la modernité. Dans ce pays souhaité par l’oligarchie santa cruzienne, il n’y a pas de place pour ces « gens pauvres, de petite taille et indiens » qui ne viennent pas nécessairement des Andes, car ces « pauvres indiens » sont des peuples autochtones Chiquitano, Ayoreode, Yuracare-Mojeño, Gwarayo et Guaraní qui habitaient Santa Cruz depuis des centaines d’années, et cela bien avant l’arrivée des Marinkovic, des Costas ou des Quiroga. S’il existe un propriétaire des terres de Santa Cruz, ces propriétaires légitimes sont les peuples autochtones, ceux qui n’ont pas accès aux universités privées, aux lieux de divertissement du quartier Equipetrol ni aux salons des sélectes Tours Cainco. Par ailleurs, les partisans de la Unión Juvenil Cruceñista (union des jeunes de Santa Cruz) ne seront sûrement pas ceux qui lutteront pour une plus grande justice ou pour l’égalité des peuples amérindiens à Santa Cruz, puisqu’ils ne l’ont jamais fait.

 Santa Cruz doit sa croissance économique à l’étain, c’est-à-dire, au travail des miniers de Catavi, Llallagua, Pulacayo et Siglo XX, pour ne nommer que quelques centres miniers. Ce sont les aymaras et les quechuas qui ont craché du sang et souffert de la silicose pour que Santa Cruz puisse paver ses rues et rentabiliser son industrie agricole. Selon l’historien Mariano Baptista Gumucio, le travail des « pauvres indiens » a permis, au cours des années 1970, l’énorme expansion de l’industrie agricole de Santa Cruz grâce à des prêts de l’État destinés à la culture et à l’exportation du coton, du café, du sucre, du bois et du bétail. Néanmoins, lorsqu’est arrivé le moment de rembourser les prêts, l’État s’est retrouvé à acquitter les dettes des producteurs de Santa Cruz envers la Banque agricole. Les Boliviens, qui n’ont vu ni un cent de cet argent ont dû payer 700 millions de dollars pour acquitter la dette des oligarches. Ce transfert de la dette privée au trésor public est l’œuvre d’un parti, ADN (Acción Democrática Nacionalista), regroupement politique aujourd’hui connu sous le nom de PODEMOS, dirigé par Jorge Quiroga, ancien consultant du Fonds monétaire international et porte-parole des intérêts de Washington.

 Plus qu’un conflit entre citoyens boliviens de l’est et de l’ouest, c’est le néolibéralisme en Bolivie qui lutte pour écraser les demandes d’une plus grande justice économique et d’inclusion sociale. Marinkovic, Costas et Quiroga, pour leur part, défendent les droits des multinationales. Leur politique de droite, représentée par le parti PODEMOS, est avalisée par l’ambassadeur américain, Philip S. Goldberg. L’ambassade des États-Unis a donné des centaines de milliers de dollars à diverses organisations qui s’opposent aux réformes mises de l’avant par le président Morales. C’est cette droite, cette oligarchie qui a rejeté la médiation de l’Église et celle de pays comme le Brésil ou l’Argentine pour éviter la division du pays.

 Depuis plus de 180 ans d’histoire, aucun gouvernement américain n’a agi en Bolivie avec véritable altruisme. Washington a toujours veillé sur ses intérêts en sol bolivien grâce à des dictateurs militaires ou des politiciens corrompus (Banzer, Sanchez de Losada), faisant fi des droits humains des Boliviens. Par ailleurs, si Washington a réussi tout ceci, c’est grâce au soutien de la bourgeoisie locale. La déclaration « nous sommes grands, blancs et nous parlons anglais » a également une dimension politique qui se manifeste dans le mirage de l’autonomie. L’autonomie ne peut exister si d’abord, nous ne sommes pas tous sur le même pied d’égalité en termes de droits humains, et de droits sociaux et économiques.

 Ce n’est pas l’autonomie que le référendum de l’oligarchie de Santa Cruz veut faire approuver, mais plutôt la balkanisation de la Bolivie. Marinkovic, Costas et Quiroga ne font que créer les conditions pour une guerre civile pour l’appropiation des ressources naturelles de la Bolivie. Ils défendent les intérêts des grandes sociétés gazéifères et pétrolières. D’ailleurs, ce sont ces mêmes multinationales qui, en 1932, ont plongé la Bolivie et le Paraguay dans la première guerre du pétrole de la région, la Guerre du Chaco. Déjà à cette époque, ce sont les aymaras et les quechuas qui ont sacrifié leur vie pour défendre les ressources pétrolières de Santa Cruz. Aujourd’hui, ce sont les mêmes intéressés qui veulent mettre fin à la Bolivie comme pays. L’actuel ambassadeur américain à La Paz, Philip S. Goldberg, est le même diplomate qui a veillé aux intérêts des États-Unis durant la séparation de l’ancienne Yougoslavie, pays d’origine de la famille de Branko Marincovic. Il n’y a aucun doute que le gouvernement des États-Unis sera le premier à reconnaître le référendum de Marinkovic, Costas et Quiroga.

 Au fonds, le pouvoir ne demeure pas au palais Quemado ni à la préfecture de Santa Cruz. Ni Evo Morales ni Branco Marinkovic n’ont le pouvoir à eux seuls. Le pouvoir est entre les mains du peuple  et dans ces acteurs, symboles ou institutions dans lesquels le peuple investit cette signification. Le pouvoir demeure dans le peuple et dans ses actions collectives et organisées, dans ses syndicats, ses associations de quartier. Devant le mirage de l’autonomie, devant le néolibéralisme déguisé en politique santa cruzienne, devant ces trois tigres tristes de l’impérialisme, Marinkovic, Costas et Quiroga, l’un des outils les plus précieux de l’arsenal démocratique des peuples mobilisés demeure le boycott du référendum du 4 mai.  Et longue vie à Santa Cruz libre des oligarches, et sans néolibéralisme.

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