COLECTIVO BOLIVIANO CANADIENSE


LETTRE OUVERTE DE L’AMBASSADRICE DE LA BOLIVIE EN France LUZMILA CARPIO SANGUEZA*

Posted in Racismo par colectivoboliviano sur 2 juin, 2008

« Comme nous importons peu, nous les autochtones »

Frères et sœurs,

Permettez-moi d’exprimer  la douleur, l’indignation et l’impuissance que je ressens d’ici, malgré la distance, devant ce qui s’est passé le 24 mai dans la ville de Sucre.

La «Culta Charcas » (« La Culte Charcas ») est l’un des noms de la capitale de la Bolivie.  Il est cependant triste de constater qu’en cet anniversaire de l’appel à la liberté, la Culta Charcas se drape d’inculture, de sauvagerie, d’ignorance. Un groupe d’indigènes furent attaqués, ligotés, on les fit déambuler sur la place publique le torse nu, on les obligeât à s’agenouiller et à regarder brûler leurs ponchos, leur culture.  Est-ce cela, la culture de la Culta Charcas?

Il est doublement triste de voir que tout cela eut lieu le jour de l’anniversaire du « Grito libertario » (l’appel à la liberté) de Chuquisaca, cri de liberté contre le joug colonial.  En ce jour, pour célébrer la liberté, on a humilié et bafoué une vingtaine de personnes.  On a porté atteinte à leur liberté le jour de l’anniversaire de l’appel à la liberté.

Les images de l’humiliation ont fait le tour du monde et sont maintenant gravées sur un disque qui en gardera le souvenir.  C’est un document qui témoigne de l’outrage, de la honte, du racisme le plus vil qui nous habite. Ce disque va rester et nous devrons le voir constamment et j’espère qu’un jour nous pourrons nous guérir de cette honte.  Je me demande ces jours-ci comment nous pouvons nous regarder dans les yeux en sachant que ces choses se passent en ce temps-ci dans notre pays. Comment pouvons-nous nous saluer, nous serrer la main, tout en sachant que nous laissons ces choses se passer sans rien faire, sans les condamner énergiquement, sans nous être porté à la défense des sœurs et des frères autochtones qui ont été humiliés.

Parfois je pense avec amertume : « comme les autochtones ont peu d’amis » !.  Comme nous importons peu.  On peut nous voir nous faire maltraiter, humilier, torturer, insulter…  Qui cela indigne-t-il?  Où se fait entendre l’indignation de nos intellectuels?  Et nos artistes, où sont-ils?  Au comble de l’infamie, comme unique réaction devant ces faits, Jorge Quiroga, ex-président de la république, a l’insolence d’affirmer que Evo Morales doit se réconcilier avec Sucre, s’excuser envers Sucre.  Et qui va s’excuser pour les agressions envers les autochtones?  Qui va faire acte de réparation pour cette humiliation?

Avec tristesse et déception, après avoir vu qu’il n’y eut personne pour défendre les sœurs et les frères humiliés, je pense « comme on abandonne vite les autochtones ».  Nous paraissons bien à travers le discours des intellectuels, nous servons de justification au financement des ONG, aux projets des politiciens, les uns et les autres se servent de nous pour redorer leur image, nous leur servons de tapis volant… mais quand on nous agresse, jamais ils ne sont là pour nous tendre la main.  Cette constatation amère est dure à avaler.

L’apartheid est loin d’être terminé.  Il empire, nous avons vécu en croyant que le racisme était chose du passé, mais maintenant nous nous réveillons en sachant qu’il n’en est rien, que nous le portons en nous, que nous vivons avec lui. Serons-nous capables de le bannir?  Pour cela, nous devons d’abord admettre que le racisme a cours dans les relations sociales de notre pays.  Nous devons nous regarder en face et admettre que nous sommes capables de faire ce que nous avons fait le 24 mai dernier, que nous sommes capables de permettre de telles choses, que nous sommes capables de demeurer de simples spectateurs.  Les images de ce jour me rappellent les images d’exécutions publiques… il est triste de constater que nous ne sommes pas si loin de cela.

*Artiste-compositeure de culture quechua

Traduction : Francine Gagné

 

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  1. helene.leone said,

    L’association Pachamam’ART de Lyon et ses jeunes musiciens des « BoliBalzacs » vous soutiennent. Nous avons beaucoup informé autour de nous, car nous croyons en la jeunesse pour changer le monde.
    Je compose une chanson pour votre pays qui sera reprise par des centaines de jeunes et que nous enregistrerons, en espagnol et en français. Nos amis les Awatiñas nous donnerons sans doute quelques mots Aymaras et Quechuas à insérer. Pour le moment ils ignorent ce projet. Je travaille avec l’Unesco et je compte aller plus loin.
    Les humiliations et la discrimination font partie du quotidien de nombreux jeunes de banlieues françaises. Sachez que votre pays n’est pas oublié même si la presse française d’aujourd’hui ne fait pas son travail!
    Nous sommes avec vous, et nous réparerons pour tous les humiliés de la terre!
    Courage!
    Jallalla Bolivia!
    Hélène Leone


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