COLECTIVO BOLIVIANO CANADIENSE


À 40 jours des attaques contre les organisations sociales dans l’Est de la Bolivie

Posted in Pueblos indígenas,Racismo par colectivoboliviano sur 22 octobre, 2008

40 jours après l’attaque contre des organisations autochtones et de droits humains, à Santa Cruz de la Sierra, perpétrée par des groupes de délinquants subordonnés à la Préfecture et au Comité civique de ce département, nous ne pouvons pas encore compter sur des garanties minimums nous permettant de retourner travailler dans nos bureaux.

Le 9 septembre dernier, au milieu d’une supposé « révolte populaire » financée par des groupes opposés au gouvernement du président Evo Morales, les bureaux  du Centre d’études juridiques et de recherche sociale (Centro de Estudios Jurídicos e Investigación Social – CEJIS) ont été attaqués, mis à sac et incendiés par 50 jeunes et adolescents employés par des personnes liées à la Préfecture et au Comité civique. Le soir du même jour, les bureaux du Centre de recherche et promotion de la paysannerie (Centro de Investigación y Promoción del Campesinado – CIPCA) de Ascension de Guarayos, dans le nord du département de Santa-Cruz, ont aussi été assaillis et mis à sac par des personnes reliées au Comité civique de cette municipalité et à la mairie.

À Trinidad, notre bureau doit fonctionner dans la clandestinité depuis qu’a circulé, de façon non officielle, une « liste » sur laquelle figurent des noms de personnes et d’institutions « ennemies de l’autonomie et de la bénitude (de la benianidad) » qui sont l’objet de persécution et d’agression. À Riberalta, depuis un mois, de la même façon que les dirigeants et autorités locales liés aux mouvements sociaux le sont, les ONG CEJIS Riberalta, CIPCA Nord et l’Institut pour l’homme, l’agriculture et l’écologie (Instituto para el Hombre Agricultura y Ecología – IPHAE) ont dû fermer leurs portes et leurs employés ne peuvent pas travailler ni circuler librement dans cette localité du nord de l’Amazonie.

Le 15 septembre, le Comité civique régional a donné aux employés de ces institutions 24 heures pour abandonner Riberalta : « dans le cas contraire nous ne somme pas responsable de ce qui peut vous arriver » ont menacé les partisans du préfet Ernesto Suarez. Ce jour-là, la Coordination interinstitutionnelle de droits humains a demandé au sous-préfet de la province Vaca Díez, Augustín Vargaz, de protéger la vie et l’intégrité des personnes encore aujourd’hui persécutées parce qu’elle ne se range pas aux mots d’ordre des groupes de pouvoir traditionnels.

L’après-midi du 9 septembre, en face des bureaux détruits du CEJIS de Santa Cruz, un tiers de sa bibliothèque a été brûlée.  Celle-ci était reconnue internationalement pour sa spécialisation sur les thèmes législatifs, autochtones, paysans,  agraires et fonciers. L’incinération des livres a été classiquement célébrée par ceux qui, de façon obtuse, croient que les idées qu’ils combattent disparaîtront en faisant de la fumée avec des papiers.

Les 10 et 11, les bureaux de la Coordination des peuples ethniques de Santa Cruz (Coordinadora de los Pueblos Étnicos de Santa Cruz – CPESC) et de la Confédération des peuples autochtones de Bolivie (Confederación de los Pueblos Indígenas de Bolivia – CIDOB) ont été occupés par des autochtones expulsés du mouvement autochtone et recyclés comme fonctionnaire de la Préfecture et du Comité. Ils s’octroient une représentativité mais n’ont pas de base. À moins que leur base soit les dizaines de jeunes « engagés pour voler » comme ceux-ci se définissent devant les caméras de télévisions. Les bureaux de l’Organisation nationale des peuples autochtones de Bolivie ont été récupérés cinq jours plus tard grâce à une action coordonnée des citoyens du quartier Villa 1er mai et des autochtones.

La CPESC, située à moins d’un coin de rue, a été détruite par les vandales engagés à cette fin. Il n’est resté que des murs branlants de la Grande maison des peuples de l’Orient. C’est de là qu’étaient parties plusieurs marches de centaines de kilomètres demandant à l’État bolivien de reconnaître les droits des peuples autochtones. C’est là qu’est né le Pacte d’unité, principale référence des mouvements sociaux du pays, et où ont été rédigés plusieurs documents qui aujourd’hui sont des lois.  C’est là qu’a été conçue, en 2002, l’idée folle de marcher pour exiger la convocation d’une Assemblée constituante. Est-ce que les groupes de pouvoir de l’Est ont cru qu’en effaçant le siège social de la CPESC il n’y aurait plus de mouvement autochtone dans les départements qu’eux considèrent comme des grandes propriétés?

Devant cette situation de violence, des actions légales ont immédiatement été entreprises auprès des autorités compétentes pour qu’on enquête et qu’on identifie les responsables de ces actes.

Nous dénonçons la placidité de l’enquête du Ministère public de Santa Cruz  qui se cache derrière – selon sa définition – le « système juridique de garanti » de ce pays pour ne pas citer à comparaître les dizaines de supposés démocrates qui ont agressé brutalement des innocents, attaqué des propriétés publiques et privées, menacé et maintiennent toujours dans l’angoisse les populations qui ne partagent pas leurs valeurs de totale violation des droits humains. Les visages de ces personnes ont été captés par plusieurs canaux de télévision privés au moment même où ils commettaient ces méfaits et se vantaient de les commettre.

40 jours après l’attaque contre les organisations, la Justice s’est bornée à demander ces images aux canaux de télévision privés dont les possesseurs sont de prospères propriétaires de grandes étendues de terre ou d’anciens fonctionnaires des partis politiques de droite qui défendent et couvrent la violence exercée contre ceux qui n’adhèrent pas à la dictature civique des préfectures subie dans l’Est du pays.

40 jours plus tard, ces canaux n’ont pas fourni les images parce que – c’est évident – ça ne leur viendrait jamais à l’idée de donner des informations  qui pourraient bloquer les fruits de la violence qu’ils sèment dans chaque minute de leur transmission. Nous déplorons l’attitude des médias de communication qui violent le droit des citoyens à recevoir une information vraie.

La population n’a toujours aucune influence sur le discours des médias qui est celui des propriétaires de ces médias. La seule ressource qui nous reste c’est d’adresser directement notre message et notre vision à chaque personne individuellement. Cela donne des résultats avec certains organismes comme les Nations Unies, La Commission interaméricaine pour les droits humains (CIDH) de l’Organisation des États américains (OEA), la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), le Parlement de l’Union européenne et l’Union des pays sud-américains (UNASUR).

Mais le travail pour abattre le mur d’omerta qui fait taire les voix discordantes et oblige à une permanente autocensure est long et ardu. C’est pourquoi le combat contre l’impunité est la priorité des organisations comme le CEJIS où nous travaillons à la construction permanente d’une société juste, incluante et solidaire.

Leonardo Tamburini, Directeur exécutif du CEJIS

Traduction: Louise Lavallée

Note: Cette note a été publié aussi en espagnol dans notre blog le 20 octobre 2008

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