COLECTIVO BOLIVIANO CANADIENSE


DES PAYSANS PANDINOS PRIS EN EMBUSCADE

Entrevue avec Antonio Moreno, secrétaire général de la Fédération des paysans du département de Pando.

L’entrevue  d’Antonio Moreno, a été faite durant la matinée du vendredi 12 Septembre 2008, le lendemain de la tuerie. La situation de vulnérabilité dans laquelle se trouvent les paysans du département de Pando est accablante. Selon les paysans, c’est l’autorité du département, Leopoldo Fernández qui a dirigé les agressions et l’assassinat de plusieurs d’entre eux au village d’El Porvenir. Comme les autorités nationales ne peuvent pas agir dans cette région et que la presse communautaire et la presse d’État ont été réduites au silence, les paysans ne sont pas en mesure de confirmer le nombre exact de morts et de blessés. D’après le dirigeant de la Fédération des paysans du Pando, Unitel accompagné de groupes du Comité Civique, du personnel du Service National des Routes et de la préfecture de Pando attendaient l’arrivée des paysans.

Par Roxana Paniagua Humeres

R.P.H.: M. Antonio Moreno, il y a eut une attaque contre les paysans, pourriez-vous nous expliquer comment s’est effectuée cette attaque. Qu’est-ce qui s’est passé ? Quels sont les faits ?

Antonio Moreno.: Oui, bon, au moment où nos compagnons, qui sont actuellement affiliés à la Fédération des paysans de Pando, partaient pour se rassembler dans la capital de Pando, ils ont été interceptés au village de El Porvenir, à 33 kilomètres d’ici. Le chemin, ils – les civiques (NdT: du Comité Civique) – avaient barré la route avec des machines de l’institution du Service départemental des routes, qui s’est maintenant déclaré autonome dans le département de Pando. C’est de cette façon que les compagnons ont été piégés ici, […] tandis qu’ils étaient rassemblés pour […] voir comment passer pour arriver à Cobija. Il y avait rassemblé là, des machines du Service des Routes avec du personnel de la Préfecture, le Comité Civique, le Service des Routes. Ils ont commencé à attaquer les compagnons paysans qui passaient par là pour rejoindre la capitale de la province. Des pétards et des fusées ont commencé à éclater, ils avaient des armes, il y avait même le canal de télévision UNITEL qui était avec eux pour filmer ce qu’ils étaient en train de faire. À cet instant, la confrontation entre les paysans et les citadins de la Préfecture et du Service des Routes a commencé…

R.P.H.: Don Antonio  Moreno, vous voulez dire que cette attaque contre les paysans qui se dirigeaient à Cobija était une action planifiée, c’est ce que vous voulez dire ?

A.M.: Oui, c’était une action planifiée, quand ils ont été informés que nous, en tant que fédération, nous convoquions le secteur paysan à se mobiliser dans tout le département. C’est à ce moment qu’ils se sont organisés, ces groupes de choc, pour faire cette confrontation et ne pas permettre que le secteur campagnard vienne ici, et se montre dans la capital du département de Pando, ce que nous avons le droit de faire comme pandinos. C’est ce qui s’est passé. Ils avaient déjà planifié ces confrontations, parce que comme je le dis, ils avaient jusqu’à des moyens de communication pour filmer ce qu’ils allaient faire ici, la confrontation qui allait avoir lieu. C’est ce que nous pouvons rapporter.

 

R.P.H.: Quelques médias disent que les paysans ont aussi attaqué les groupes de la préfecture, est-ce vrai M.  Moreno?

A.M.: C’est un mensonge total. C’est quelque chose issue des médias et rapportée par quelques organes de presse. Comme je le disais, la communauté paysanne répondait à la mobilisation que nous organisions ici en tant que fédération pour […] à partir de cette analyse qui a été faite sur le processus référendaire du 10 Août et le vote […] pour socialiser la nouvelle constitution, pour qu’elle soit approuvée le 7 Décembre. C’était l’agenda que nous avions comme Fédération, nous n’avions rien à voir avec ce qu’ils essayaient de faire. Nous voulons informer la société pour qu’elle connaisse la réalité par laquelle nous sommes passés. Ils étaient armés avec des pétards, pour affronter le secteur paysan. Dans la communauté paysanne, traditionnellement comme toujours, nous allons au rassemblement en famille, avec nos bébés, avec nos femmes, la communauté paysanne élargie, avec un peu à manger (« viverecitos) pour pouvoir survivre aux moments ou nous allons en avoir besoin. Et nous nous retrouvons face à ça. Tout cela est « dirigé», organisé par la préfecture qui  l’a mis en œuvre, pourquoi ? Qui leurs a donné des armes ? Au moment de l’affrontement, nous avons arraché les armes à quelques uns d’entre eux et nous nous sommes défendu. Nous étions venus sans armes.

R.P.H. : Il y a des blessés par balle. De quel côté sont les blessés, M. Moreno?

A.M. : Les blessés par balle, il y en a, il y en a… Environ 50 dans la communauté paysanne, des morts aussi, il y aurait 8 morts, des paysans et des fonctionnaires de la Préfecture. Mais camarade, les paysans sont ceux qui ont été attaqués, ceux qui en ce moment ne reçoivent pas l’attention [N.d.T. : attention médicale] qu’ils devraient avoir comme paysans. Ceux qui la reçoivent cette attention sont les fonctionnaires de la Préfecture, le Service des Routes et le Comité Civique.

R.P.H. Vous, en tant que Fédération de paysans, est-ce que vous avez pu récupérer les corps des morts ? Est-ce que vous avez pu aller à la morgue ? Pouvez-vous retourner à El Porvenir ? Est-ce qu’on peut circuler librement ? Est-ce qu’on peut obtenir de l’information sur les blessés et les morts ?

A.M. : Ce n’est pas possible, jusqu’à maintenant nous n’avons pas l’assurance de pouvoir le faire en sécurité. Nous n’avons pas encore la protection des forces publiques. Nous le déplorons encore, nous sommes ici, à notre bureau de la Fédération. L’information que nous avons ne se fait que par téléphone, les compagnons ont vraiment couru des risques, ils courent des risques en ce moment en essayant de récupérer les blessés pour les mettre dans l’ambulance et les emmener à l’hôpital. Ces gens ont été frappés et nos compagnons dirigeants ont été enlevés. C’est ce qui se passe maintenant ici dans le Pando. À l’heure actuelle des compagnons sont là dans la forêt. On demande à d’autres « qui leur a donné des armes » alors que ce sont les Civiques (Comité Civique) qui en avaient. On leur a enlevé leurs armes, c’est ainsi que ça c’est passé.

R.P.H.  : Qui sont ceux qui harcèlent les paysans, Monsieur Moreno?

A.M. : C’est bien connu, ceux qui nous harcèlent c’est l’opposition, le regroupement PODEMOS, issue d’ADN, avant il s’appelait ADN et maintenant PODEMOS. Ils s’attaquent de manière générale à la politique […] que, comme paysans, nous sommes en train de mettre de l’avant avec le gouvernement d’Evo. Ils ne veulent pas que nous renforcions notre position, mais au contraire que nous soutenions les politiques de leurs ancêtres, une politique radicale, une politique de conditionnement. C’est ce qu’ils veulent voir appliqué. Quand nous voulons avoir le pouvoir de décision dans notre pays, dans notre département, dans nos provinces, sincèrement, d’où nous sommes, non ? C’est ce qu’ils ne permettent pas. Ils veulent que nous suivions leur politique. Auparavant ils nous manipulaient avec les gouvernements traditionnels qui gouvernaient ce pays.

R.P.H. : Est-ce que l’on peut communiquer avec la Préfecture de Pando pour leur faire connaître ces demandes et faire une réclamation pour la sécurité ?

A.M. : Avec le préfet, nous, la communauté paysanne, à l’heure actuelle nous n’avons rien,  parce qu’il est l’instigateur de toutes ces agressions qui sont arrivés depuis, c’est lui-même qui a donné les ordres à son personnel. C’est pour cela que s’est produite la confrontation entre les paysans et les citadins… C’est la réalité de ce que nous avons vécu hier et que nous continuons à vivre ici jusqu’à maintenant. Les gens ne peuvent pas sortir par manque de la sécurité nécessaire pour pouvoir subvenir à leurs besoins, pour aller au marché. Voilà la situation dans la ville.

R.P.H. : Quelles dispositions êtes-vous en train de prendre dans votre organisation face à cette situation de violence et de crise, face à l’absence de sécurité? Quels sont les chemins à suivre dans les prochains jours, dans les prochaines heures?

A.M.: La décision des compagnons, après l’évaluation et l’analyse faites par chacun des dirigeants, est très simple : pour continuer à vivre en sécurité et avec des perspectives, ici, dans le département du Pando, nous devons changer cette autorité. Qu’elle démissionne pacifiquement, dans le cas contraire les différents secteurs, déjà lésés par tous les actes  qu’ils ont déjà perpétrés, vont prendre une décision.  Nous ne voulons vraiment pas en arriver là, parce que beaucoup de compagnons déjà ont été pris en otage et comme nous l’avons dit, il y a des morts, mais nous ne savons pas combien, parce qu’il y a vraiment des gens qui se sont cachés dans la forêt pour rester vivants, des blessés aussi sont allés dans la forêt, nous ne savons pas s’ils sont vivants ou morts.

R.P.H. : Est-ce que vous avez contacté le gouvernement  pour demander une protection ?

A.M. : Nous avons des contacts avec le gouvernement, mais bon, vraiment le président… Nous nous sentons abandonnés en tant que paysan, non. Nous avons un président réellement issu de nous et qui aujourd’hui nous abandonne. C’est ce qu’ici aussi nous… Nous sommes abandonnés par les autorités nationales, départementales jusqu’à provinciales, non. Il y a beaucoup de peur, les compagnons ont beaucoup de craintes, ici c’est nous les paysans qui sommes en train de maintenir notre position fermement pour pouvoir continuer dans ce processus de changement que nous voulons en tant que paysans. 

R.P.H. Qu’est-ce que vous demanderiez à la communauté internationale, au gens qui nous écoute à Montréal ?

A.M. : Comme paysan, moi comme exécutif de la Fédération des paysans de Pando, ce que nous demandons à la communauté internationale, c’est que réellement nous nous unissions pour que nous soyons pris en compte dans le département, dans notre pays, d’où nous sommes, parce que vraiment la communauté paysanne a été écartée pendant de trop nombreuses années. Ce n’est plus possible. Nous demandons à nous unir, nous rassembler dans ce pays, dans cette vie, on ne vit qu’une seule fois. Profitons aussi des droits que nous devons réellement avoir, profitons de la réalité comme des êtres humains qui veulent vivre et se réjouir, parce que nous sommes des êtres humains, nous sommes de la même planète, nous voulons que les autorités nationales, internationales considèrent tous ces sentiments que nous avons, nous les paysans. Et nous demandons également à être pris en considération pour avoir le pouvoir de décision sur le territoire dans lequel nous vivons, dans notre département, dans notre pays. C’est ce que je demande comme dirigeant : unissons-nous dans cette action de conscientisation […] traditionnellement les ressources de l’État étaient auparavant utilisées au nom de la communauté paysanne, mais les paysans même en ont peu profité. Que les paysans les utilisent en premier lieu et non comme on les utilise et les utilisait depuis toujours. Nous disons à tout le pays et disons aux compagnons des autres pays de se joindre à cette action, à ce processus de changement qui se vit ici, en Bolivie.

R.P.H. Merci beaucoup, M. Moreno, soyez assuré que les gens vont prendre note de votre demande et recevez nos salutations depuis Montréal.

 

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